ETAPE 13 : du Logis Neuf (600 km) à Mondragon (650 km)

01 /06
Départ de L'étape : Le Logis Neuf - La Coucourde - Leyne - Derbières - l'Homme d'Armes - Montélimar →

Nous débutons cette nouvelle étape à la sortie du Logis Neuf, sur le parking du relais routier "Ma Campagne".
Rappel : Nous sommes dans le département de la Drôme (26), en région Auvergne Rhône Alpes.


Photo Claude.K-2016

Déclassement de la route nationale 7, par la réforme 2005 : dans le département de la Drôme : l'axe Vienne – Orange reste non déclassé et conserve sa numérotation principale de N7, hormis les anciens tracés déclassés avant réforme qui pourront prendre l'appellation D807, D257 etc...

En Route -

Au loin, de l'autre côté du Rhône, en Ardèche donc, se profilent les tours aéroréfrigérantes de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse. Quatre tours pour quatre réacteurs produisant au total 3600 MW.

Nous voici rapidement arrivés sur les terres de La Coucourde.

La Coucourde Km 0601

http://www.lacoucourde-mairie.com/accueil.html

A l'évocation du nom de cette commune, je remarque que vous ne pouvez vous empêcher d'esquisser un petit sourire.
Pourtant c'est bien d'une cucurbitacée - nouveau sourire - qu'il s'agit.
La Coucourde en Provençal c'est la courge. De là à appeler son village La courge, il n'y a qu'un pas... que la bourgade a franchi depuis bien longtemps déjà.

La Coucourde était une paisible halte sur la route Royale, une station où quelques auberges proposaient le gîte et le couvert aux bateliers et aux rouliers (on ne parlait pas encore de routiers ).
L'une de ces hostelleries aurait eu pour enseigne ... une Courge, ce qui expliquerait que l'on désigna par la suite cette halte du même patronyme que l'auberge.

Le hameau de la Coucourde ne se développera vraiment qu'avec l'arrivée du chemin de fer en 1854, à un point tel qu'en 1898 il deviendra chef lieu, rassemblant sous son administration la commune de Lachamp et les hameaux de Leyne, Cheynas ou encore Les Roches, puis finalement, en 1948, les hameaux de Derbières et de Lapra.

Comme le fait remarquer l'agglomération du tourisme de la Drôme Provençale, La Coucourde est le premier village rencontré sur la route nationale ayant une résonance méridionale.
Avé l'assent peuchère !! Le midi n'est plus très loin.

Un paisible hameau disais-je.. mais ce ne fut pas toujours le cas.
Au Moyen-âge, les Grands Chemins, comme on les appelait alors, étaient encombrés d'une faune indescriptible de vagabonds, de trafiquants, de filles publiques chassées des villes ou de repris de justice toujours à la recherche d'un mauvais coup.

A l'auberge de la Coucourde, disait-on, on était assuré d'y trouver les gendarmes à cheval.
Ils surveillaient ce lieu de passage sur la grande chaussée de Lyon à Avignon et étaient appelés par le patron de l'auberge dès que celui-ci soupçonnait des clients suspects.

Source : Petite Histoire des noms de lieux, villages et villes de France. Pierre Miquel

Bon, aujourd'hui nous ne devrions plus être importuné par les manants de tous bords et autres traîne-savates, alors...

En route -


Au loin les tours de la centrale nucléaire. A gauche l'ancienne route nationale.

Le centre de la Coucourde est dévié depuis 1967. Auparavant la route nationale 7 passait au cœur du hameau.
L'ancienne route existe toujours aujourd'hui, mais vous ne pourrez l'emprunter que dans son sens sud-nord.


La déviation de la nationale 7 se repère ici à la couleur de l'asphalte fraîchement déposée.
Il n'y a pas encore de marquage au sol.
En 1967 la route évite désormais le passage par la ruelle centrale du bourg.

La déviation est vite parcourue, et nous amène rapidement au cœur du hameau où se concentrent l'essentiel des commerces à savoir ... un tabac-presse-souvenirs et de l'autre côté de la chaussée, un bar.


A cette époque, la nationale 7 traverse le village.
Ce qui n’empêche pas les habitants de se réunir à même la rue, quitte à gêner (le très peu) de circulation.
Jour d'affluence au Café Nicolas, remarquez le porche qui signale encore les écuries et la remise pour les attelages hippomobiles.
Aujourd'hui c'est ruelle morte. Image réactive.

Pour emprunter l'ancienne route nationale c'est à gauche. Une étroite rue bordée de maisons de village, aujourd'hui endormie.
La plaque de rue est sans ambiguïté, et l'on peut également apercevoir une plaque de cocher.


La rue se nomme désormais "ancienne RN7" photo Claude.K.


La plaque de cocher indique que c'est dans cette étroite rue que passaient jadis les carrosses et diligences.
Photos Claude.K

La bataille de Montélimar :

Après le sabotage du pont de Livron sur la Drôme par la résistance en août 1944, (voir Livron à l'étape précédente) les Américains essayent de ralentir la retraite des troupes allemandes.
Les combats vont durer une semaine, c'est la bataille de Montélimar.
L'ennemi au prix de lourdes pertes réussit tout de même à se dégager, abandonnant un important matériel qui obstruera la route nationale 7 durant de longues semaines.
On dénombre pas moins de 1500 chevaux tués, des épaves de 2500 véhicules, l'artillerie de deux divisions détruite...

Après les combats, les reporters de la 7th US Army photographient le champ de bataille principalement le long de la RN 7.


N7, entrée Nord de La Coucourde après la Bataille de Montélimar en août 1944.
Même emplacement aujourd'hui. Image réactive.

Notre escapade aura été de courte durée. Nous voici arrivés au bout de la rue.
Regagnons maintenant le carrefour, jonction sud de la route nationale 7 post-1967 avec l'ancienne route nationale (nous venons de le voir), mais également avec un troisième itinéraire, bien antérieur à la création du tout premier réseau routier.

Remarquez l'ancienne route nationale qui débouche sur notre gauche.
Dans son prolongement, elle traverse l'actuelle route N7 en diagonale et se poursuit de l'autre côté de la chaussée par une étroite ruelle : la rue Royale.
Il s'agit en fait de l'ancienne route royale, qui empruntait une voie médiévale issue d'une époque où le réseau routier n'était pas encore fixé officiellement.
Le chemin passait en contrebas au plus près du Rhône, le rendant parfois très dangereux.
A partir des années 1750, le chemin sera modifié.
Son tracé passera désormais un peu plus en hauteur. C'est l'itinéraire qu'emprunte aujourd'hui l'actuelle route nationale 7.


Sur la gauche l'ancienne route nationale traverse l'actuelle N7 et se poursuit par la rue Royale de l'autre côté de la chaussée.


Ici les Cigales ne chantent plus.

Poursuivons sur la route nationale.
Une centaine de mètres plus loin, au niveau de la Mairie située en contrebas, rue Royale, voici le hameau de Leyne.
Le bâtiment qui abrite aujourd'hui la mairie, est l'ancien Relais de Poste, transféré de la Coucourde en 1732, situé sur l'ancienne route royale, à proximité du gué à péage sur le Leyne.
Le gué et le relais étaient tous deux protégés par le château du Leyne dont on aperçoit les tours depuis le pont.

Le 23 août 1793, Bonaparte arrivant d'Avignon, changera d'équipage à ce relais de poste.
En 1797 le relais du Leyne sera transféré à Derbières.


Plaque de cocher au hameau du Leyne.


Château de la Tour de Leyne, vu du pont sur le Leyne.

Près de 75 ans après le ministre Colbert (1619-1683) et sa réforme qui instaurait l'amélioration des routes du royaume, ce qui donna lieu par la suite à la création de l'administration des Ponts et Chaussées,
il fallut se rendre à l'évidence : la quasi-totalité des chemins et des routes du royaume de France se trouvaient dans un état déplorable.
De nombreux chemins restaient impraticables, voir dangereux quelque soit l'attelage utilisé.
Les ponts menaçaient de tomber en ruine, ce qui finalement nuisait grandement aux communications et à l’activité économique des régions.

A partir des années 1730, une nouvelle série de mesures fixait pour objectif majeur de remédier à cette situation catastrophique.
En découlèrent de nouvelles dispositions comme la catégorisation des routes (grand chemin, chemin, chemin royal, grande route, route, chemin de traverse), le recours au travail par corvée (impôt en nature perçu sous la forme de journées de travail exécutées par les contribuables pour l’entretien des routes), et l'établissement d'un vaste inventaire cartographique des routes du royaume.


L'ancienne Route Royale à Derbières

C'est en application des instructions reçues que, de 1754 à 1757, on s'employa dans la région Montilienne, à l'élargissement, à la rectification sur divers points et à l'aménagement de la chaussée de la Grand' Route, comportant l'exécution de nombreux ponts,ponceaux et autres ouvrages d'art.
Ces décisions nouvelles entraînèrent diverses modifications de l'ancien tracé.
Par exemple, entre les hameaux de Derbières et de l'Homme d'Armes, là où le Rhône venait à de fréquentes périodes submerger la vieille route le bordant, la Route Royale fut reportée à une centaine de mètres au levant
et taillée aux flancs du coteau rocheux (emplacement de l'actuelle route N7).

C'est ce passage dangereux, que la marquise de Sévigné décrit à sa fille dans ses lettres de voyage.

Rendez-vous Route Royale, Derbière 5 octobre 1673.

" Il y a aussi un chemin qu'on nous fit prendre par dans le Rhône.
Je descendis; mes chevaux nagèrent, et l'eau entra jusqu'au fond du carrosse.
C'est à deux lieues de Montélimar.
Quand vous viendrez, les eaux seront grandes et la place ne sera pas tenable.
Il faudra faire un chemin dans les terres et ne point vous hasarder; le danger n'est point dans l'imagination."

Extrait : Lettres choisies De Madame de Sévigné

Sources :
Le Tricastin. Histoire, arts, littératures, tourisme. 1929
L'atlas des routes royales de Trudaine - Stéphane Blond

Derbières.

Les anciennes cartes et les vieux panneaux routiers indiquent Derbière sans le S final.

Le hameau de Derbières se repère à l'allée de platanes qui borde de part et d'autre la route nationale, lui apportant ainsi un peu de fraîcheur.
Le fait est rare aujourd'hui sur nos routes, pour ne pas être signalé.

A l'heure où l'on parle de réchauffement climatique, les arbres contribuent à absorber le CO2 de nos véhicules et de plus permettent d'abaisser la température du bitume.
Si toutes les routes étaient à nouveau ombragées, le rayonnement de chaleur émis par le revêtement d'asphalte en serait amoindri.

Mais allez faire comprendre ça à nos politiques qui ne jurent qu'en matière de sécurité routière et donc d'arrachage de platanes.
Et encore, une étude menée en 2006 par le Service d’études techniques des routes et autoroutes (Setra), affirme que les arbres permettent de mieux appréhender la route: ils rendent son tracé plus "lisible", constituent des repères de distance, leur défilement donne des références de vitesse et leur présence crée également un "effet de paroi" qui fait lever le pied.


Cette remise en pierres apparentes a aujourd'hui disparu, remplacée par des immeubles.. moins charmants.

Derbières comme beaucoup de bourgades situées sur la Grand' Route, possédait son auberge pour rouliers et son relais de poste, comme en atteste le livre de poste de 1835.
Aujourd'hui, difficile lorsque l'on est pas du pays, de localiser précisément ces anciens établissements, qui à l'époque rivalisaient d'entrain et de prospérité concentrant à eux seuls une bonne partie de l'activité économique de la commune.
A défaut, en l'absence de témoignage, il ne nous reste plus qu'à nous fier aux vieilles pierres des grandes bâtisses, aux portes cochères, aux écuries et aux granges spacieuses pour imaginer ici la présence d'un ancien cabaret,
là celle d'une opulente auberge ou d'un relais de diligence.


Derbières, vue en direction de la Coucourde... vieilles pierres, bâtisse imposante, portes cochères et vaste remise,
peut-être était-ce là une ancienne auberge ou le relais de poste...

"A Derbiére, autre hameau de Savasse, se voient encore les vastes dépendances de l'ancien relais de la poste et l'auberge d'autrefois qui donnait aussi asile aux rouliers"

Extrait : Le Tricastin. Histoire, arts, littératures, tourisme. 1929

Pour la petite histoire, sachez que le relais de Derbière était dirigé par la famille Chabaud, également propriétaire de l'important relais de Montélimar.

Derbières, comme toutes les agglomérations situées entre Montélimar et Livron sur la route nationale 7, a subi les affres de la bataille de Montélimar en août 1944.


Entrée sud de Derbières aujourd'hui et en 1944. Image réactive


La route rectiligne longe maintenant le Rhône et la centrale nucléaire. Nous quittons La Coucourde et ses hameaux.

Encore quelques kilomètres pour atteindre les aires de parking du relais des Roches, un relais dans la grande tradition des Restaurants Routiers d'antan.


Certes l'environnement n'est pas très folichon, mais jugez plutôt aux nombres de camions arrêtés, c'est signe qu'ici, la cuisine est bonne.
Créé en 1944, l'établissement a traversé les décennies, et propose toujours des menus du jour copieux et à petits prix.

On poursuit la route...

A quelques encablures de là, sur notre droite cette fois-ci, nouvelle aire de parking, nouveau restaurant routier.
Ne vous fiez pas à sa nouvelle devanture, même si il a fait peau neuve, le Relais de la Tête Noire, ne date pas d'hier.


Aujourd'hui la devanture a fait peau neuve et le logo Les Routiers a disparu. Image réactive.

C'est le second relais de la Tête Noire que nous rencontrons sur la N7.
Nous en avions déjà croisé un à St Symphorien de Lay, considéré comme le plus ancien des relais de poste puisqu'il était daté du XVe siècle.
Son nom de "Tête Noire" évoquait Geoffroy Teste Noire, capitaine brigand d'une bande de bandits de grands chemins sévissant dans la région Viennoise.
Par Tête noire, il faut bien entendu comprendre "teint basané".


Sur le parking de la Tête noire en 1966, photo fondation Berliet.

Ici, il se peut qu'il s'agisse également de l'évocation de la couleur de peau d'un quidam, mais la référence est aujourd'hui oubliée de tous.
Une autre thèse pencherait pour la saleté des voyageurs, à la figure noire de poussière, descendant de la diligence après un voyage bien salissant.


A proximité du restaurant, l'indispensable station-service.


A l'approche de l'Homme d'Armes, sur la route nationale 7, char Allemand détruit par les américains en août 1944.
Remarquez la publicité qui indique le Relais de l'Homme d'Armes.
Même emplacement en 2010. Image réactive.


Ne cherchez plus l'emplacement du char Allemand, tout a aujourd'hui disparu, mais c'était bien ici !

L'Homme d'Armes (commune de Savasse) km 0606

Au XIVème siècle, le village de Savasse perché sur sa colline, était un bourg important puisqu'il possédait une cour de justice qui officiait sur 39 communes, dont Montélimar.
Au XVIIème siècle, Savasse passe sous la tutelle des Grimaldi, Princes de Monaco, jusqu'à la Révolution.

Au fil des siècles, les habitants quitteront peu à peu le village haut, pour s'installer plus bas dans la plaine, là où sont les cultures, là où coule le Rhône, là où se développent les industries.
Au hameau de l'Homme d'Armes, c'est l'industrie des fours à chaux qui s'y développera en particulier.

Source et extraits du site http://www.savasse.fr

Comme son nom le laisse deviner, l'Homme d'Armes, était à l'origine un poste avancé, situé stratégiquement pour défendre d'une part le péage fluviale de Savasse, établi sur le halage des navires remontant le Rhône,
et d'autre part le péage terrestre de Leyne.

Mais remontons le temps, jusqu'à une époque où le hameau n'existait pas encore.
En ce temps là, c'est une imposante bâtisse qui porte le nom " d'Hommes d'Armes".
Située à proximité du chemin de halage, le long du Rhône qui à cette époque est la principale voie de communication, la propriété en impose de par ces dimensions.
On pourrait la croire à l'origine d'une maison forte.
Cette vaste demeure aux larges dépendances appartient à de riches propriétaires fonciers, la famille Mercier.
L'habitation sert principalement d'auberge pour les équipages de mariniers, conducteurs de chevaux de halage et autres travailleurs du fleuve.


Sur cette carte d'état major, on voit sur la droite la route impériale.
L'homme d'Armes n'est à l'époque qu'une bâtisse située à l'écart de la route (carré rouge)
à proximité des bords du Rhône. Les bâtiments existent toujours aujourd'hui (photo)
.

Au début du XIXe siècle, avec l'émergence des industries et le développement du trafic routier, la famille Mercier, qui a le sens du commerce, ouvre une seconde auberge, cette fois en bordure de route.
Une auberge avec remises et grandes écuries, à l'usage cette fois-ci des travailleurs de la route, charretiers, rouliers, pèlerins et voyageurs.
Le nom d'Homme d'Armes est transféré à cette nouvelle auberge et le hameau qui se construira tout autour en conservera le patronyme.. jusqu'à nos jours.
Quant à l'auberge du bord du fleuve elle prit le nom de "Vieille Homme d'Armes".

"Cette nouvelle auberge de l'Homme d'Armes dut prendre rapidement une très grande notoriété et s'attacher une clientèle choisie.
Il suffit pour s'en convaincre, de jeter un coup d’œil sur l'imposante façade du logis où règnent la symétrie et l'harmonie des lignes, sur le grand escalier ;
les salles voûtées du rez-de-chaussée aujourd'hui sectionnées, et la distribution du 1er étage en de nombreuses chambres." **

Sans autre localisation précise du lieu, difficile aujourd’hui d'identifier cette première auberge qui a donné son nom au hameau.

Une centaine de mètres plus loin, face à l'ancienne fabrique de chaux, "une autre auberge se créa dont demeurent encore écurie et remise, mais dont l'habitation a été divisée et transformée" **

** Extraits Le Tricastin. Histoire, arts, littératures, tourisme. 1929


Face aux anciens fours à chaux, peut-être la seconde auberge du hameau.


Même lieu 110 ans avant. Remarquez la plaque de cocher sur le mur de la maison. Image réactive


Centre du bourg, route de Lyon, début 1900. Même lieu 110 ans après. Image réactive.

Aujourd'hui hameau moribond longeant la route, l'Homme d'Armes, n'est plus que l'ombre de lui même.
Seuls le bar-tabac-presse-souvenirs et la boulangerie semblent survivre.


Photo Claude.K 2016

A la sortie du bourg, on longe sur notre gauche le mur de clôture du château de "Serre de Parc".
Construit à partir de 1770, cette résidence est aujourd'hui classée Monument Historique.

http://www.monumentum.fr/domaine-serre-de-parc--egalement-sur-commune-montelimar--pa00117102.html

Nous n'allons plus tarder à aborder Montélimar, étape incontournable de la nationale 7, synonyme de mémorables bouchons lors des grandes migrations estivales des années 1950-1970.
Cauchemar des parents qui passaient de longues heures interminables au volant de leur véhicule, à la queue leu leu dans les étroites rues ou le long des allées Provençales...
... mais joie des enfants qui espéraient enfin pouvoir goûter au fameux Nougat de Montélimar, dont les alléchantes publicités murales nous émoustillaient les papilles depuis déjà bien des kilomètres alentour.

Le bonheur des uns, le malheur des autres...
En 1967, une première rocade, qui sera par la suite intégrée à la nationale 7 (voir carte ci-dessus), oblige les camions à ne plus traverser la ville, déviant ainsi une partie du trafic routier par l'ouest, atténuant partiellement les bouchons du centre ville.
Un an plus tard, l'autoroute A7 viendra parfaire le contournement de la ville ... au détriment des commerçants et des confiseurs qui misaient justement sur ce filon touristique très lucratif, allant jusqu'à proposer directement à la portière des automobiles bloquées dans les embouteillages, leurs paniers garnis de friandises pour toute la famille.

Montélimar n'est pas la Capitale du Nougat pour Rien, et son best-seller, la boîte en forme de borne nationale 7 remplie de nougat, contribuera à la légende de la route mythique.


La borne boîte de nougat.

Pour ceux qui arrivaient directement de Paris, sans arrêt, Montélimar était une halte obligatoire. Presque à mi-chemin entre la capitale et la côte azuréenne.
Idéalement située après 10 à 12 heures de route, la ville déployait un large choix d’hôtelleries, de cafés, de restaurants, de garages, de boutiques de souvenirs et de nougat à profusion.
Comment résister alors aux tentations de la cité provençale ?

Mais aujourd'hui qu'en reste-t-il ?

En route -

Au rond point après l'Homme d'Armes, il nous faudra quitter la RN7 actuelle qui part sur la droite, pour poursuivre tout droit en direction de Montélimar centre, par la D540A qui n'est autre que le tracé original de notre route.

MONTELIMAR Km 0607


Champ de Lavande, Oliviers, muret de pierres sèches, l'entrée de la ville joue le cliché provençal à fond.

 

L'entrée de l'agglomération semble particulièrement soignée avec son ambiance provençale, mais l'effet n'est que de courte durée et le petit décor du début ne réussit pas à escamoter la laideur de la zone péri-urbaine sur laquelle nous circulons.
L'effet nostalgique opérera plus loin, je l'espère.

A propos de nostalgie et de bonbons justement voici sur la gauche le bien nommé Palais des Bonbons.
Vous pourrez y visiter, entre autres, l'ère nationale 7 qui propose de vous faire revivre dans un décor reconstitué grandeur nature, l'époque des fameux embouteillages typiques de l'âge d'or de la route.
Une belle mise en bouche et en ambiance.

http://www.palais-bonbons.com



Ambiance provençale et vintage Nationale 7 au Palais des Bonbons.

Poursuivons sur la bien nommée route de Valence / D540A.
On repérera au passage une publicité peinte sur une maison menaçant ruine et une station service fermée depuis bien longtemps.


Vue en direction de Valence.


A l'entrée de Montélimar, le Relais Total de la Colombière, fermera définitivement en 1981. Image réactive

Juste après l'ex- Relais Total, cachée la plupart du temps par la végétation, on peut encore apercevoir une partie de l'ancienne bâtisse qui a donné son nom au quartier : La Colombière.
Une ancienne maison forte ayant longtemps eu droit de colombage.
Plus tard, une vaste remise fut construite en bordure de route et l'exploitation rurale fut transformée en auberge, dont l'enseigne se lisait encore au début du siècle dernier.. L'auberge de la Colombière.


Ce qui reste de l'auberge de la Colombière. La remise en bord de route a disparu au milieu des années 1960, laissant place à un terre plein.

En route -

Sur notre gauche, l'immeuble de 4 étages, type copropriété, passe aujourd'hui inaperçu dans le décor environnant.
Il s'agit pourtant du classieux Hôtel International construit au milieu des années 1960, Bar Snack, 145 chambres, service rapide, taxes et service compris.


Aujourd'hui une banale copropriété, hier le très classe Hôtel International. Image réactive

Un peu plus loin, un vestige aujourd'hui en ruine, qui lui n'a pas trouvé sa reconversion : l'Hôtel Restaurant Expo Route.


Imaginez la surprise des vacanciers partis de Paris et arrivant à Montélimar à la tombée de la nuit, après une journée de voyage.
L'Expo Route illuminé de mille feux, une des premières tentations nocturne de la ville.

L'Hôtel proposait un accueil familial, deux salles de restaurants pouvant aller jusqu'à 150 couverts, et des produits régionaux ... lavande, miel, et... nougats.


Aujourd'hui le bâtiment existe toujours, mais ne brille plus de ses mille feux.


Si l'on en croit la carte encore accrochée sur le mur, l'établissement n'aura pas connu le passage à l' Euro.

Jusqu'à la construction de la déviation en 1967, ce secteur d'entrée de ville était une plate-forme prisée des automobilistes et des routiers.
En plus de l'hôtellerie, en face, sur ce qui n'est plus aujourd'hui qu'un terre-plein, se dressait une des plus importantes station Shell de la région.
Se croisaient ici, dans une joyeuse ambiance, automobiles pimpantes tout droit sorties du dernier salon de l'auto, camions bruyants et crasseux, faisant le plein ou une pause au relais routier Chez Lucien en face.
Le choc de deux mondes unis par la seule route nationale 7.


Le terre plein aujourd'hui et l'ancienne Station Service Shell hier. Image réactive
Heure d'affluence sur les pistes de la station qui sert ici de parking au relais routier d'en face.


Uniforme de rigueur pour le patron de la station, années 40.


Vue en direction de Valence. Retour aux origines de la station Shell des années 1920. Même emplacement. Image réactive


Le relais "Chez Lucien", en face de la station Shell. Image réactive. Photo A.Demetz
Un monde très viril auquel se mêlait une population de touristes décomplexée et plutôt nonchalante.

Quelques mètres plus loin, on ne pourra rater le totem d'une ancienne station Azur, passée successivement sous la bannière d'un établissement ambulancier puis de celle d'un garage, pour devenir aujourd'hui un local commercial.
Bien conservé, le totem est aujourd'hui bizarrement orné d'une Citroën traction.


Retour aux sources....Le Totem comme ont dû l'apercevoir des milliers de vacanciers.


Petit laissé aller entre deux fermetures...


En 2013, cure de Jouvence pour la Traction Citroën . Photo extraite du journal ????

Ne quittons pas le quartier sans un dernier coup d’œil au lotissement situé en face.
Jusqu'en 2008 se dressait ici les bâtiments de l'ancienne auberge de Prady.
Une grosse auberge avec remise pour chevaux, implantée sur le bord de la route nationale depuis le milieu du XVIIIe siècle.
Le mur de clôture du lotissement nous rappelle vaguement l'entrée originelle de l'auberge.


Vue en direction de Valence, à droite l'ancienne station Azur, à gauche, l'ancienne auberge Prady.
Photo relais Dany Wilde37. Image réactive.

Le quartier du Petit Froment est un quartier qui au milieu du XVIIIe siècle a subi une transformation suite à la rectification du tracé de la Grand' Route.
La chapelle St Lazare, dernier vestige de la léproserie du XIIIe siècle est détruite. Plus rien ne subsiste de cet ancien hôpital.. si ce n'est un muret qui longe encore la route.


Avenue St Lazare, l'ex hôtel de famille Le Petit Froment. Image réactive.


Avenue St Lazare, les restes du mur de la léproserie du XIIe siècle - XVe siècle.


Comme nous pouvons le constater encore aujourd'hui, l'appellation de "Capitale du Nougat" n'est pas surfaite.
La friandise est omniprésente dans les rues de Montélimar.
Panneaux publicitaires, boutiques, ateliers de fabrication, enseignes, pas un établissement qui ne consacre à la confiserie au miel, un rayon, une vitrine ou un étalage.


Publicité murale pour le Nougat Canard Sauvage avenue St Lazare

Le nougat de Montélimar :

En voici la légende :

Tante Manon, habitante de Montélimar à la fin du XVIIème siècle, avait pour spécialité une friandise dont elle gardait jalousement le secret.
Excellente pâtissière tata Manon ne manquait pas de préparer ses confiseries lorsqu'elle recevait ses nièces qui devant tant d'attention s'écriaient : «Tante Manon, tu nous gâtes».
A la mort de Tante Manon, les nièces héritèrent d'un livre pieux dans lequel était glissé la fameuse recette surnommée « tu nous gâtes » qui au fil du temps est devenue la recette du "nous gat".

Son nom en latin Nux Gatum, gâteau de noix, se dit nougo en provençal et devient nougat en français. 
Le nougat est fabriqué depuis l’Antiquité en Orient.
Au Moyen-âge on en élabore de grandes quantités à Marseille depuis que sa recette est connue en Provence, introduite par les Phéniciens.
Au XVIIe siècle, Olivier de Serres, agronome ardéchois, plante des amandiers près de Montélimar pour pouvoir confectionner du nougat avec des amandes.
Comme leur conservation est plus longue que celle des noix ou des pignons c’est cette recette qui va perdurer.
Au début du XIXe siècle le nougat blanc et le nougat noir font partie des treize desserts de Noël aussi sont-ils vendus principalement au moment des fêtes de fin d’année.

Remis en cadeau à chaque visite princière, le nougat vit sa renommée traverser le pays et la ville se spécialisa dans sa fabrication.

Emile Loubet, maire de Montélimar puis président de la République de 1899 à 1906, devient l’ambassadeur du nougat de Montélimar en l’offrant à ses invités de marque à l’Elysée.

Avec la création de la Nationale 7 et l'arrivée des congés payés en 1936, Montélimar devint ainsi une halte gourmande pour les petits et les grands.
Mais qui donc, de tous ces nougatiers, a eu le premier l'idée de la boîte en forme de borne N 7 ?

Et bien ce n'est pas un nougatier, mais l'entreprise de cartonnage Bes.
Créée en 1927 par Fernand BES, la société est spécialisée dans les petites séries d’emballages pharmaceutiques, les boîtes pour les confiseurs de la région, les pâtes de fruit de Nyons…
En 1935 Fernand BES trouve l'idée d'un nouveau packaging, il invente pour les nougatiers de Montélimar la fameuse boîte en forme de borne N7.
L'entreprise Bes existe toujours aujourd'hui.

Indéfectiblement associé à la ville, le nougat dépasse aujourd'hui les 3 000 tonnes de production annuelle et s'exporte partout en Europe.
Plusieurs fabriques datant du XIXe siècle bordent toujours les Allées provençales.
Parmi les plus célèbres, le Rucher de Provence est le domaine du nougat Stoupany, la plus ancienne fabrique artisanale, qui débuta ses activités en 1787.
À deux pas, le Chaudron d'or est une autre nougaterie de tradition qui organise des visites de son atelier artisanal aux chaudrons de cuivre.
Diane de Poytiers, le Gavial ou Doulce France sont d'autres nougateries à visiter.
Le nougat a également fait son entrée dans les musées, au Monde du Nougat, au musée du nougat Arnaud Soubeyran, dont la famille fabrique du nougat depuis 1837, ou encore au Musée international des sucreries du Palais des bonbons et du nougat.

Sources et extraits :

http://www.letour.fr/fr/
http://www.memoire-drome.com
http://www.dromeprovencale.fr/decouvrir/les-saveurs/nougat-montelimar/
http://www.nougat-fouque.com/histoire-et-traditions/histoire-du-nougat/
http://www.cartonnages-bes.com


Ancienne station service réhabilitée en boutique de Nougat avenue St Lazare.

En route pour les douceurs sucrées de la ville -

Après la route de Valence voici les longues et moroses avenues St Lazare et St Martin.
Nous parcourons l'un des deux plus anciens faubourg de la ville, le faubourg St Lazare, le second étant le faubourg St James situé à la sortie de la ville, comme nous le verrons plus loin.
Un rien tristounet quand même ce quartier désert où les commerces et la vie qui va avec ont pratiquement disparu.
Le cimetière St Lazare participe sans doute à cet état de fait.
Vous pourrez toujours vous recueillir sur la Tombe d' Emile Loubet, maire de Montélimar en 1870, député de la Drôme en 1876, sénateur de la Drôme en 1885, et Président de la République en 1899.


Ici, à mon avis, le vin doit être aigre et le nougat un peu dur !

L'avenue St Martin se termine par les bâtiments de l'ancienne Caserne St Martin, dont la construction, à l'extérieur des remparts de la ville, s'échelonne de 1731 à 1880.
S'y installeront le régiment des Gâtinais (1743), et plus proche de nous le centre mobilisateur n° 82, puis un centre d'instruction n° 88 qui sera remplacé en 1966 par le 45e Régiment de Transmission jusqu'en 1996.


La caserne St Martin.
La RN7 passe derrière le long bâtiment et devant la porte St Martin, l'entrée de la vieille ville. (en haut, à droite)

Depuis, la caserne désaffectée a été réhabilitée en un centre d'affaire et d'art de vivre où se côtoient aujourd'hui, jardins et cafés, fontaines et restaurants, musées, administrations et office du tourisme, mêlant sans discrimination aucune, hommes d'affaires en cols et cravates et touristes en shorts et tongs.
Bon c'est un cliché hein !
Oui mais j'entends déjà la critique féministe qui me hurle "et la parité dans tout ça ! n'y a t-il que des hommes dans les quartiers d'affaires ?"
Bon ok, je reformule la fin de phrase : "mêlant sans discrimination aucune, femmes d'affaires en tailleurs stricts et touristes en shorts et tongs (le short et les tongs c'est multi-genre hein ?)

Euhh... par contre le féminin de touriste, c'est pas tourista ???

Sources :
http://www.museemilitairelyon.com/spip.php?article208
http://www.bien-etre-drome.com/balade-detente-a-montelimar/


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