ETAPE 6 : de Magny-Cours à Bessay sur Allier, de 0250 à 0300 km de Paris.

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Magny-Cours (départ) - Moiry - St Pierre le Moûtier -

Cette nouvelle étape débute à la sortie de Magny-Cours à 250 km de la capitale. Le point Google Earth, est ici :
Nous sommes dans le département de la Nièvre (58), en région Bourgogne.
Notre route après son reclassement de 2006 porte ici l'appellation D907.

En Route :

Après le hameau du "Pont des Pelles", un échangeur permet de gagner l'A77 ou de rejoindre le circuit de Magny-Cours.


L'entrée du circuit à proximité de la N7.

Mais ne nous éloignons pas trop de notre parcours. La route qui nous intéresse est à droite en direction de : Mars sur Allier - Moiry.

Voici sur la droite, les bâtiments de la ferme du Marault, pôle des éleveurs de la filière Charolaise, dont le but est la promotion de l'élevage Charolais ainsi que de la viande Charolaise de qualité. La ferme occupe l'emplacement d'anciens marécages assèchés au XVIIe siècle à la demande de Colbert.


La ferme du Marault, promotion de l'élevage Charolais


La ferme du Marault en 1908. Derrière le muret, passe la route nationale.

La route en pleine campagne est agréable. Quelques mètres avant le village de Moiry, une belle publicité peinte, pour le chocolat Menier, inventeur de la tablette de chocolat.


Beau mur peint Menier, à l'entrée de Moiry.

Moiry Km 0253.5

Moiry, autrefois Méry, est une ancienne paroisse rattachée à la commune de Saint-Parize-le-Châtel.
N'y cherchez pas d'église, elle a depuis longtemps disparue.
Il subsisterait à Moiry quelques maisons à "pignons à redans" héritage architectural laissés par les ingénieurs flamands engagés au XVIIe siècle par Colbert, pour combler les marécages de la ferme du Marault.

Les panneaux annonçant l'entrée du bourg ont gardés leur appellation N7.
De petites maisons basses ou d'un unique étage, jalonnent les deux côtés de la route. Beaucoup ont les volets clos, signe de peu d'activité.
Le village est désert et ne propose rien, on ne s'y arrête plus. Sur la place, une cabine téléphonique attend un hypothétique voyageur en panne de téléphone mobile.
Comme les publicités murales, celle-ci fait maintenant partie d'un patrimoine urbain amené à disparaître sans regrets, sans même que l'on y prête attention.


Un objet en voie de disparition.

Si ! tout de même, à gauche, une auberge-restaurant subsiste, avec quelques tables en bordure de route.
Il s'agit du Restaurant, chambres d'hôtes "la Christoline", ancienne "Auberge du Relais Fleuri" dont on aperçoit encore la publicité sur le pignon sud de l'établissement.


L'ancien "Relais Fleuri". Vue en direction de Nevers.


L' intérieur provincial du "Relais Fleuri".

De l'autre côté de la rue, une construction pour le moins "saugrenue", en tous les cas incohérente avec les autres habitations du village.
L'établissement est désormais fermé, mais l'on constate en consultant d'anciennes photos, que cette maison a toujours fait preuve d'un certain avant-gardisme concernant l'architecture, ce qui explique sans doute ce côté moderne qui la démarque des autres habitations plus traditionnelles de la rue.
Un étage de plus que les maisons riveraines, toit plat, mur en béton, forme cubique avec balcon, la construction a dû, à son époque, en faire parler plus d'un dans le bourg.


Photo 01 : Une construction incohérente avec les maisons riveraines. Image réactive.
Photo 02 : Hôtel, Restaurant, confort moderne, eau courante, prix modérés, garage, et une certaine idée de modernisme avant l'heure.

En route -

Un kilomètre après la sortie de Moiry, au rond-point, nous retrouvons l'A77. C'est ici qu'il prend fin et rejoint le tracé original de la nationale 7.

Communiqué du Conseil Général de la Nièvre :

L' inauguration du prolongement A77 :
L' autoroute qui relie Paris au Circuit de Magny-Cours est désormais terminée.
La portion deux fois deux voies RN 7 Nevers Sud - Magny-Cours /Moiry dont les travaux avaient commencé en 2008 a été ouverte à la circulation le 18 janvier 2011. (source CGN)


Vue en direction de Nevers. A droite le début (ou la fin) de l'A77, rebaptisé ici N7, tout droit l'ancien tracé RN7 aujourd'hui D907.

Mais tout ceci n'est que provisoire.
A terme, l'A77 formera un maillon du nouvel axe autoroutier en grande partie gratuit desservant en étoile Clermont-Ferrand, Saint-Étienne et Lyon depuis Paris par la vallée de la Loire et devrait constituer une véritable alternative aux autoroutes A6 et A71. (info wiki Sara).

En 2013, les nouveaux travaux de terrassements le long de la RN7 confirment déjà le prolongement de l'autoroute / voie express.

Article extrait du JDC août 2013 :

Mi-mai, le chantier de la RN 7 à 2 x 2 voies, stoppé au sud de Moiry depuis plus de deux ans, a repris, direction Saint-Pierre-le-Moûtier. Un nouveau tronçon de voie express de 5,5 km pourrait être achevé fin 2015. Pour l'heure, les engins de chantier ont marqué l'emprise de la future route, sur une première portion de 4 km, reliant Moiry au lieu-dit Maison Rouge. Elle devrait ouvrir fin 2014. (JDC)

La question qui se pose est de savoir si ce nouveau tracé viendra simplement suppléer la route déjà existante, ou viendra t'il totalement la rayer de la carte, comme il le fait déjà entre Maltaverne et Pouilly sur Loire ?

En attendant, la route file plein sud, rectiligne, sur trois voies à travers plaine.


A hauteur du hameau de Maison Rouge, cette cabane de pierre est en sursis car située sur l'emprise de la future autoroute.

Attention ! St Pierre le Moûtier est annoncé.
Le centre de l'agglomération est dévié depuis 1986. Une première déviation avait été entreprise en 1941 pour être finalement abandonnée en 1948.
Le tracé original de la RN7 passe donc par le centre ville.Un tracé authentique que nous allons suivre maintenant.


Cliché Couleur Google : En jaune la RN7. En bleu le tracé original. En rouge la déviation de 1986. Image réactive.
Cliché aérien en noir et blanc de 1981.

Après être passer sous le pont, il faut quitter la N7 et prendre à droite en direction de St Pierre - Decize.
Une centaine de mètres avant de quitter la 4 voies, on aperçoit sur la droite un tronçon abandonné de l'ancienne route nationale 7.


Recto : sur la droite, l'ancienne route délaissée, vue de l'actuelle RN7. Image réactive.
Verso : de l'ancienne route délaissée, vue sur l'actuelle RN7.

La bretelle de sortie nous amène au carrefour, jonction avec l'ancien tracé, nous voici à :

St Pierre Le Moûtier. Km 0260

A droite donc, le "délaissé" de l'ex nationale 7 et ce depuis la construction de la rocade en 1986.

Je ne peux résister à l'envie d'y parcourir les 200 mètres en cul de sac et d'y faire une courte pause à la recherche des fantômes du passé.

Comme des milliers de véhicules se rendant en vacances sur la côte, nous sommes passés ici un dimanche d'été 1969, en route pour le Lavandou.

De vagues impressions me reviennent...

 

Les fantômes de la route. Image réactive

Rendez vous nationale 7 : dimanche 3 août 1969. 14h30. Episode 10.

La petite Opel a maintenant trouvé sa vitesse de croisière. Après nos multiples mais nécessaires haltes rituelles du matin, après notre casse croûte à Neuvy sur Loire et une traversée de Nevers plutôt désorientée, mon père n'ayant pas souhaité suivre les déviations conseillées qui permettaient pourtant d'éviter la traversée d'une ville chamboulée par les grands travaux de contournement, nous voici en campagne Nivernaise, un peu somnolents à l'arrière du véhicule. Le sud est encore loin, normalement c'est pour demain en soirée, peut-être après demain.

St Pierre le Moûtier est annoncé. Mes parents s'y arrêteront un instant, histoire de réserver l'hôtel pour notre voyage retour prévu dans trois semaines. Nous choisissons en général l'hôtel situé sur la place. Un petit hôtel restaurant dans la pure tradition provinciale, une bonne table sans prétention et surtout une chambre calme au charme rustique, à mille lieues de la froideur du branché "Design" que l'on trouve aujourd'hui dans beaucoup d'établissement hôteliers. C'est là que nous passerons notre dernière nuit de vacances, dans le cadre champêtre de cette petite ville.

Mais trêve de rêvasserie. Reprenons le parcours.

Dans son guide classique du Voyageur en France de 1830, l'auteur Richard, note : St Pierre le Moutier, curiosité : la coiffure des femmes. De quoi s'agissait-il exactement ?

Si l'auteur n' a pas jugé bon nous en dire plus tellement cela paraissait évident à l'époque, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Peut-être était-ce en référence à la coiffure bouclée des habitantes, paraît-il assez fréquente en Auvergne.

Un peu d'histoire :

Le nom de "St Pierre le Moûtier" vient du latin "Sancti Petri Monastérium" ou "Monastère de St Pierre" édifié au VIIe siècle par les bénédictins de l'Abbaye Saint-Martin d'Autun.
(moutier est l'ancien synonyme de monastère, dans sa version moderne il s'écrit sans accent circonflexe).
Pendant près de trois siècles, le Sancti Petri Monastérium se fait oublier, jusqu'en 1164, où l'abbé demande au roi de France, Louis VII, de prendre le monastère sous sa protection.
En 1169 "St Pierre le Moûtier" est déclaré ville royale, à cela s'ajoute le droit d'y exercer la justice. La ville devient une juridiction notable et joue un rôle politique important sur toute la région.

Siège d'un des quatre grand Bailliage Royal sous Philippe Auguste en 1222, église Paroissiale en 1234, Henri II y ajoute un présidial (tribunal de justice) en 1551.
Voir ici quelques exemples cocaces des procès qui s'y tenaient : http://www.lescheminsdupasse.fr/presidial.html

Entre temps, en 1421 la place tombe aux mains des Anglo-Bourgignon. En novembre 1429, Jeanne d'Arc en route pour libérer La-Charité (sur Loire), arrive devant Saint-Pierre-le-Moûtier tenu par la nombreuse troupe des gens d'armes de Monseigneur d'Albret et de ses alliés anglais.

Le 4 novembre l'assaut est mené et la ville libérée. Jeanne d'Arc épargnera la ville du pillage et viendra prier régulièrement dans l'église de Saint-Pierre durant les quelques jours précédents son départ pour La Charité.

Sources : Nevers et Moulin par Jean Locquin ( Forgotten Books ), Une page d'histoire de France écrite à Saint-Pierre-le-Moûtier, par l'Abbé Pierre Baudin, curé et doyen de Saint-Pierre.

En route -

Nous sommes rue du "Faubourg de Nevers", une zone pavillonnaire récente.
Puis vient la rue du "Commandant Leiffeit", aux maisons de rue plus anciennes avec portes cochères. Ici d'ailleurs une plaque de cocher défie encore le temps.


Une plaque de cocher, rue du Commandant Leiffeit (Vue dans le sens Nord-Sud).


Antiquités et antiques maisons.

Place de la république , nous voici au cur touristique de la ville.
Non pas que celui-ci recèle des richesses pittoresques dont sont avides nos chers touristes, mais nous sommes ici à environ 3 heures de Paris et, l'heure de midi correspondait à peu près à l'arrivée des voyageurs ayant quitté la capitale le matin. Il est donc normal d'y trouver de nombreuses auberges, la plupart proposant également le gîte.
La ville était une étape appréciée des voyageurs et l'on y dénombrait, à la grande époque, pas moins de 35 débits de boisson.

Mais je parle du passé, car à part l'Auberge du "Cheval Blanc", qui ne fait plus hôtel, vous ne trouverez pas ici de quoi vous attabler et encore moins de quoi passer la nuit.
Jouxtant le "Cheval Blanc", ont trouvait l'hôtel restaurant du "Commerce", qui avait jusque là réussi à traverser les âges, on raconte que Jeanne d'Arc y séjourna.
De l'autre côté sur la place, L'hôtel Restaurant du "Bon Laboureur" a lui aussi fermé ses portes.


Depuis Jeanne d'Arc, l'hôtel du Commerce a vu passer des générations de voyageurs. Image réactive.


La place aux hôtels, au fond le "Cheval Blanc", Le "Commerce",
à droite le "Bon Laboureur". Image réactive.

St Pierre le Moûtier me fait penser à une vieille dame très âgée qui assiste avec regret et mélancolie au passage irrémédiable du temps.
Cette dame, un peu comme les façades et les murs de la ville, a dû être jolie à son époque.
Mais la vie est passée si vite, à l'image de ces vagues de vacanciers traversant la ville par la nationale 7, véritable artère de vie à la grande époque.
Ville étape sur l'itinéraire des Pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, juridiction importante du royaume de France, St Pierre le Moûtier a été témoin de toutes les évolutions.
Evolution mécanique avec le passage des attelages de chevaux à l'automobile toujours plus rapide et luxueuse. Evolution des murs avec les congés payés et ses migrations de touristes lancés à l'assaut de la côte d'azur n'hésitant pas à s'arrêter dans les nombreuses auberges que proposaient la ville. Evolution du réseau routier, avec l'ouverture de la rocade et du coup, les premiers détours de ces mêmes vacanciers qui maintenant boudaient la ville. Evolution des normes enfin, obligeant les hôteliers et les restaurateurs à investir dans de coûteuses transformations, financièrement difficiles, voir impossibles à supporter et qui du coup auront provoqué la mort de pratiquement tous les établissements.
Dans quelques temps, l'A77 devrait à son tour filtrer les opportuns en les éloignant toujours plus de la ville, comme un dernier coup de grâce asséné à la petite commune.


Ciel gris, calvaire et muret de pierre, images de Bretagne ?
Le calvaire rappelle que le "chemin Nivernais de Compostelle" fait étape à St Pierre le Moûtier.
Le muret borde l’ancien étang du prieuré entièrement asséché et mis en culture vers 1835.

Le secteur vaut tout de même le détour pour les nombreuses plaques Michelin disséminées ça et là et que vous n'aurez aucun mal à dénicher avec un peu d'attention.


La ville possède une belle collection de plaques Michelin.

En route, par la rue de Paris, la rue commerçante du bourg, puis par la rue Theurier qui conserve encore de belles maisons de caractère.


La rue de Paris et ses commerces. Image réactive.

On arrive finalement place Jeanne D'arc qui commémore la libération de la ville, du siège tenu par les Anglo-Bourguignons.


Place Jeanne d'Arc

La rue puis la route de Moulins nous amènent rapidement vers une agréable sortie de ville avec ses bordures de platanes.

Au niveau du pylône d'antennes un décrochement permet l'accès à une petite route sur la droite.
En examinant des photos aériennes, on constate qu'il s'agit de l'ancienne N7.
Aujourd'hui la petite route est doublée par l'actuelle N7, rejointe par la déviation de 1986 qui termine là son contournement de St Pierre le Moûtier.


Photo aérienne couleur : à gauche on distingue le décrochement qui donne accès à la petite route blanche, ancienne N7.
Photo 2: cliché aérien de 1957. La RN7 dans toute sa splendeur, bordée d'arbres à l'infini et sans contournement. Image réactive.

En partie arborée, sur 2 X 2 voies, l'actuelle RN7 emprunte l'ancienne trajectoire, jusqu'à fusionner avec l'ex-route au niveau des premières maisons rencontrées.


La RN7, sur 2 x 2 voies, longe l'ancienne route (à droite), puis fusionne avec, quelques centaines de mètres plus loin.



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mars 2014