ETAPE 1 : de PARIS à CHAILLY EN BIERE de 0000 à 0050 km

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← Orly - Paray Vieille Poste - Athis Mons - Juvisy Sur Orge →

Aéroport d'Orly Km 0014

https://www.mairie-orly.fr - http://www.parisaeroport.fr/passagers/acces/paris-orly

En route -

Au loin la masse de l'aérogare d'Orly-Sud semble vouloir nous barrer la route. Notre voyage ne se termine pas ici pour autant.
La nationale entame une pente douce et nous conduit vers la méditerranée en passant sous l'aérogare et ses pistes d'aviations.

La descente sous l'aérogare

Les terrains de l'aéroport couvrent 4 communes, Thiais, Paray Vielle Poste, Villeneuve Le Roi, et Orly, réparties entre les départements du Val de Marne et de l'Essonne.

Rendez-vous nationale 7 : Dimanche 3 Août 1969. Orly 6h45. Episode 03.

Droit devant nous, l'aéroport d'Orly immense bâtiment de verre et de béton semble surgir de la plaine environnante.
Mon père attire notre attention sur un avion relativement bas dans le ciel amorçant sans doute son atterrissage.
Il pleut et malgré les essuie-glaces à unique vitesse, la visibilité dans la petite auto est assez réduite.
Chacun essaie, comme il peut, d'apercevoir la Caravelle volante au dessus de la route.
Ma mère déballe la caméra super 8 et abaisse sa fenêtre passager pour tenter de filmer l'avion, mais la visibilité est médiocre, l'objectif est mouillé, il est déjà trop tard.
La route amorce sa descente et notre auto s'engouffre sous l'aérogare, sans même qu'on ai eu le temps de filmer quoi que ce soit. (à suivre)

Un peu d'histoire :

Tout commence par l'inauguration de "Port Aviation" en mai 1909, un petit aérodrome situé sur la commune de Viry-Châtillon au sud d'Orly en bordure de Seine.
Il a été conçu pour remplacer les terrains de manœuvre de l'armée ( plus proches du champ de patates que de la piste aviation) qu'empruntaient jusqu'alors les précurseurs de l'aviation civile.
C'est là que se dérouleront désormais la plupart des meetings aériens et que se développeront les progrès de l'aviation.

Port Aviation


Octobre 1909 une vue depuis l'unique piste


Meeting au dessus des garages automobiles


Louis Blériot en vol au dessus de Port Aviation

Port Aviation est loin d'être une simple piste d'aviation sur un terrain en friche. C'est à l'époque le premier aérodrome "moderne" du monde en cela qu'il comporte une piste circulaire de 3 km, une tour de contrôle, des hangars, des ateliers, des tribunes, un restaurant, un parc automobile, un hôtel, une antenne médicale. Le succès est au rendez-vous, c'est le temps des grands pionniers de l'aviation.
Lorsque la piste de l'aérodrome est rendu impraticable, notamment lors de fortes intempéries, on utilise alors les terrains du plateau de Longboyau situés un peu plus au nord, en bordure de la route de Fontainebleau, la nationale 7.
Au début de la Première Guerre mondiale, le site de Longboyau, facilement repérable en altitude, va servir de terrain de secours aux avions alliés.
En 1917, l'Armée de l'Air américaine engagée dans la Première Guerre mondiale, installe sur le plateau de Longboyau une piste d'atterrissage qui deviendra en 1919 l'aérodrome "d'Orly-Villeneuve".
A partir de cette date Port Aviation sera peu à peu délaissé, au profit de ce nouvel aérodrome.

Aérodrome d'Orly Villeneuve

Après la Première Guerre mondiale, le terrain d'Orly-Villeneuve gardera une vocation essentiellement militaire et c'est la marine qui occupera les lieux.
Deux immenses hangars sont construits pour accueillir des dirigeables, versés à titre d'indemnités de guerre par l'Allemagne à la France, ce sont les débuts de l'aéronavale.
Un aéroport civil est installé au nord du site, accueillant des avions de passagers civils.
Une aérogare provisoire est également construite.
L'ère de la marine prend définitivement fin le 1er mars 1954. Orly devient alors un aéroport entièrement civil.


La nationale 7 et l'aérogare Orly Sud vue en direction de Paris

 

En complément : L'histoire méconnue du premier aérodrome de France :
http://www.port-aviation.com/

 

Orly Sud :
La construction de l'aérogare d'Orly-Sud débute 3 ans plus tard en février 1957 et s' achève en février 1961.
L'aérogare a marqué l'évolution de l'aéroport et lui a donné une renommée internationale.

La nationale 7 a été déviée lors de la construction de l'aérogare. C'est la première fois que cet axe est retracé depuis sa période romaine. Elle passe désormais sous l'aérogare Sud et sous les taxiways. L'automobiliste chanceux peut parfois apercevoir un avion manœuvrer juste au-dessus de lui.
De nuit, l'aérogare illuminée, semble barrer de manière spectaculaire l'axe vers Paris.

Si Orly a perduré, qu'est-il advenu de Port Aviation, premier aérodrome de France ?
Nous le verrons un peu plus loin, lorsque nous traverserons la commune de Viry-Chatillon.

Sources : Wikipédia.
Le site de la ville de www.viry-chatillon.fr

Vue satellite au dessus du tarmac.

En route -

Sous l'aéroport :
A mi-distance sous le tarmac, à l'endroit où le ciel fait une brève apparition, peut-être apercevrez vous l'aile d'un avion en cours de manœuvre.
Je vous engage à regarder la vue satellite qu'offre "Google Earth" afin de mieux vous rendre compte de ce qui se passe au dessus de nos têtes.
Nous retrouvons à ce niveau le découpage du cadastre, à savoir : notre voie descendante (à l'Ouest) reste sur la commune de Paray Vieille Poste, celle remontante (à l'Est)
se situe sur la commune de Villeneuve le Roi, ancien village agricole qui comme la ville d'Orly, verra ses terres empiétées par la construction puis l'extension du camp d'aviation.


Ambiance en nocturne

Au débouché du tunnel sous les pistes, notre slalom virtuel continue avec le cadastre.
Notre voie descendante en direction du Sud parcourt toujours la commune de Paray Vieille Poste, tandis que la voie opposée en direction de Paris, circule sur la commune d'Athis Mons.

Si votre dernier passage ici remonte au moins à 2012, alors ne cherchez plus les avions du Musée de l'association " Delta Athis Paray Aviation".
L'association à l'avenir incertain, depuis les projets de réaménagement de l'aéroport d'Orly et des travaux du Grand Paris, s'est déplacée d'une centaine de mètre.
Le Mercure, la Caravelle et les 2 Mirages III ont été sacrifiés, seul reste le Concorde 2.

http://museedelta.free.fr/

Pas de pitié pour les Mirage d'Athis-Mons : https://www.aerobuzz.fr/aviation-generale/pas-de-pitie-pour-les-mirage-d/

 


Destruction des mirages du musée Delta, en février 2013


Ce que l'on voit du musée Delta aujourd'hui et ce que l'on en voyait en 2012. Image réactive.


Vue 2014 en direction d'Orly, le Concorde dernier survivant du musée.

Nous traversons la commune d'Athis Mons un bref instant avant de retrouver Paray Vielle Poste 300 mètres plus loin, toujours à la merci du découpage administratif du plan cadastral.

Paray Vieille Poste Km 0015

http://www.paray-vieille-poste.fr

Tout au long des mille kilomètres de la nationale 7 nous allons souvent croiser des hôtels de "la Poste", des relais de "la Poste", des auberges ou des restaurants de "la Poste".
Certains hameaux portent également ce nom de Poste. Sans parler bien entendu des vrais bureaux de Poste.. amis postiers ;-)

Mais pourquoi "Vieille" ?

Un peu d'histoire :

C'est bien du service Postal dont il s'agit ici.
Dès le Ier siècle avant notre ère, l'empereur romain Auguste, crée le "cursus publicus", un service de poste de relais et d'hôtelleries qui permet d'acheminer promptement les messages par courrier au sein de l'Empire Romain.
Louis XI en 1477 est le premier qui instaure la mise en place de relais de poste régulièrement espacés de 7 lieues (oui comme les bottes du petit Poucet), soit 28 kilomètres.
Cette distance sera ramenée à 16 km au XVIIIe siècle.
Louis XII (1506) ouvre le service postal aux voyageurs, et Colbert, ministre de Louis XIV, améliore le réseau routier et contribue ainsi à développer les échanges commerciaux par transports routiers.
Louis XV continue l'amélioration et la modernisation du réseau.


Fresque représentant la Malle-Poste, le long de la N 7 à Paray Vieille Poste. Image réactive.
(face à l'hypermarché)

Sur la section qui nous intéresse, entre Paris et Fontainebleau, il y avait un relais de poste à Villejuif et un autre à Juvisy-Fromenteau, actuel Observatoire de Flammarion. (voir plus loin)
En 1648, le relais de Juvisy est déplacé à Ris et un relais intermédiaire est installé aux confins d'Orly : la Poste du Longboyau.
En 1710, le relais de Juvisy est rétabli, celui du Longboyau est fermé, le secteur est alors rebaptisé « La Vieille Poste ».
Dès le XIXe siècle, le hameau de "Vieille Poste" prend de plus en plus d'importance en raison, d'une part de sa situation de carrefour principal de plusieurs communes et d'autre part, de sa proximité avec la route de Fontainebleau.

La Vieille Poste devient le centre actif et vital de Paray, si bien que le conseil municipal décide d'y édifier la première mairie-école en 1890.



La Vieille Poste, route de Fontainebleau, à l'emplacement de l'aérogare d'Orly.


Emplacement du hameau de la vieille poste en 1949. Image réactive.
Même emplacement après la construction d'Orly.


Route de Fontainebleau, vue en direction de la Capitale. début des années 1950.
Aujourd'hui même lieu, avenue François Mitterand. Image réactive.

En route -

Boulevard Fontainebleau (côté Paray) /Bd François Miterrand (côté Athis) nous retrouvons les tunnels qui permettent d'éviter l'attente aux carrefours.
Mais nous avons tout notre temps…restons sur les extérieurs.
Nous sommes ici en pleine zone commerciale, la part belle est faite aux grands centres commerciaux, aux concessions automobiles et aux fast-foods.
Justement au niveau de cette restauration-rapide, à droite au carrefour, le café tabac du coin : "Le Concorde", me rappelle quelque chose…

Ambiance Nationale 7.

Une Renault Dauphine s'apprête à prendre la N7 en direction du sud, une Peugeot 403 est garée sur le trottoir, comme il a l'air agréable ici de faire du vélo et de s'arrêter prendre un petit café en prenant le temps de lire le journal sur une des tables en bordure de route.

A 15 km de Paris il flotte déjà comme un air de campagne…

 

Aujourd'hui, le coin a perdu de son charme.

 

 

 

 

 

Image réactive: Le tabac de Paray vers 1960 / aujourd'hui

Rendez-vous nationale 7 : Dimanche 3 Août 1969. 07h00 - Paray Vieille Poste. Episode 04.

Mon père a repéré au loin l'enseigne d'un Bar-Tabac en bordure de la route nationale. Nous la quittons donc soudainement pour nous engager dans une petite rue perpendiculaire afin de pouvoir garer la petite Opel dans un coin tranquille. Il est temps pour la famille de petit-déjeuner.
La pluie a cessé, le ciel est couvert mais la température reste agréable. Nous nous installons sur une petite table disposée à l'extérieur, juste à l'entrée de l'établissement.
D'ici nous pouvons à la fois apprécier le trafic de la route nationale tout en gardant un œil sur l'automobile garée à quelques mètres de là.

En arrivant, le patron jovial nous demande de patienter un instant le temps pour lui de passer un rapide coup de chiffon afin de sécher chaises et table encore humides de l'averse précédente.
Nous commandons café et chocolat chaud, la corbeille de croissants est à disposition.
"Pas encore beaucoup de monde ce matin" remarque mon père en désignant la nationale.
"Ils sont tous passés hier, aujourd'hui se sera plus calme, vous avez de la chance" lance le patron resté sur le pas de la porte.
Puis entrant, il allume le juke-box. Nous déjeunons ainsi en bord de nationale 7 sur l'air de "Mais non, mais non !" d'Henri Salvador, un des tubes de l'été 1969. (à suivre)


En route -

Encore beaucoup de commerces dédiés à l'automobile. A hauteur du concessionnaire Citroën sur la droite, un panneau nous informe que nous quittons Paray Vieille Poste.
La commune d'Athis-Mons, lui emboîte le pas.

Athis-Mons Km 0017

http://www.mairie-athis-mons.fr

Athis-Mons situé à 17 km de la capitale, c'est la fusion, en 1817, de deux villages agricoles séparés sur les coteaux de la Seine et de l'Orge : Athis-sur-Orge et Mons-sur-Orge.

La route nationale 7, anciennement route de Fontainebleau, dénommée ici "Avenue François Mitterrand" parcourt deux kilomètres et quatre cent mètres de parfaite ligne droite, de la limite nord du département jusqu'au carrefour dit "de la Pyramide" à Juvisy-sur-Orge.

En route –

En visionnant le documentaire : "Sacrifice, du débarquement à la libération de Paris", j'entrevois, lors d'une séquence très courte montrant un convoi de véhicules militaires se dirigeant vers Paris, l'image furtive d'une borne Michelin, sur la N7.
A l'époque, les bornes d'angle Michelin sont encore nombreuses sur le bord de nos routes.
L'image est nette, mais peu d'éléments permettent de la localiser exactement, si ce n'est les kilométrages, le département et le mot Étoile sur la devanture de la boutique à l'arrière plan.


Image extraite du film : "Sacrifice, du débarquement à la libération de Paris".

Décimètres et cartes routières en main, je pars à la recherche de l'emplacement de cette borne. Mes calculs m'amènent à penser que l'image est prise vers Athis-Mons ou Juvisy.
Qui dit borne d'angle, dit carrefour. Me voila sur Google Street, à la recherche d'un carrefour ressemblant et là, chance ou hasard, un élément apparaît, immuable depuis 70 ans.... la boîte aux lettres.


Serait-ce le même endroit 70 ans plus tard ? Image réactive.

Nous sommes effectivement à Athis Mons, au carrefour de la Belle Étoile. Une rare carte postale du carrefour avant guerre, confirmera la localisation.
Le mot Etoile sur la devanture de l'établissement indique qu'il s'agit du Bar de L'Etoile.


Une super borne Michelin, au croisement de la Belle Etoile, carrefour de la N7 et de l'avenue Marcel Sembat.

Carrefour de la Belle étoile aujourd'hui. Lien Street-View

En route -

Une centaine de mètres plus loin, au dessus de l'entrée d'une agence bancaire Lyonnaise, on pouvait encore voir en 2015, une étonnante enseigne : le buste d'un homme barbu soulevant un haltère de son seul bras gauche.
La sculpture semblait défier les clients de la petite succursale.

Une manière d'engager un bras de fer avec son banquier ? Non bien entendu ! Pour comprendre l'origine de cette figurine, il nous faut remonter le temps...

Nous voici au coeur des années 1930, plongés dans la fumée, la sueur et l'ambiance des arrières cours de bistrots, où le samedi soir l'on organise des combats de catch.
Ce soir là sur le ring, "Athis" et son champion "Monsieur 100 kg" affronte le "Vésinet" et son "Monsieur Rigoulot", présenté à l'époque comme l'homme le plus fort du monde.
Dans la torpeur de la fumée de cigarette et des vapeurs d'alcool les paris vont bon train. Le combat est houleux. Les spectateurs déchaînés.

Ce soir là c'est "Mr 100 kg" qui remportera le combat, apportant ainsi la victoire à Athis.

Mr 100 kg, de son vrai nom Monsieur Mongélas était haltérophile et avait réalisé lui même cette scuplture de ciment et d'acier qu'il avait exposé à la fenêtre de son logement vers les années 1950.
Depuis, en souvenir, le buste de Mr 100 kg défie les voyageurs de la nationale 7...

En 2016 le colosse est démonté. Le souvenir effacé.

Sources :
http://brudipat.over-blog.com/article-catch-a-la-petite-vitesse-100417508.html
-
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Rigoulot


Athis-Mons vue en direction de Paris.
Avenue François Mitterrand aujourd'hui / avenue de Fontainebleau avant.
Oui vous avez bien vu, il existait une piste cyclable le long de la N7.
Image réactive. Photo n&b Brudipat.

Poursuivons sur l'avenue François Mitterrand. Au niveau de la boutique de fleurs aux stores bleus "Aux Lys d'Athis" et du magasin Bio, je retrouve sur le trottoir opposé une vue qui me rappelle tout un tas de souvenirs.

Cette carte postale, exprime bien l'ambiance de ce qu'était la nationale 7 vers les années 1970 :

Une journée ensoleillée, une bordure fleurie, (mais nous sommes devant le fleuriste qui existe toujours), une route peu encombrée, peut-être un dimanche.

Une Ami 8 et une Fiat 500 nous invitent à rouler tranquille, une DS sombre garée en face, dont le passager semble être sorti regarder sous le capot d'une autre DS blanche.

Pour parfaire l'harmonie de cette ambiance, une belle Pub murale pour la Station Esso du coin.

Certes cela fait très cliché, mais la vue aujourd'hui a perdue tout son charme.

La banlieue, comme on aimerait la voir si souvent.

 

La nationale 7 Athis Mons, image réactive

Quelques mètres plus loin sur notre droite cette fois-ci, la place du marché des Gravilliers.
Puis, un peu avant d'arriver au carrefour marquant l'entrée de Juvisy, le vieux château d'eau est toujours là depuis 1907, coincé entre 2 immeubles récents.

L'histoire du château d'eau


Le château d'eau patrimoine naturel : hier et aujourd'hui. Image réactive.

Le carrefour suivant marque la sortie d'Athis-Mons et l'entrée à Juvisy sur Orge.

Juvisy Sur Orge Km 0018

http://juvisy.fr

Nous voici arrivé à ce que j'appellerai une petite "Etape Scientifique" sur la route nationale.
Commençons donc notre découverte de la ville en laissant la voiture dans une rue perpendiculaire sur la droite et revenons à pied au carrefour dit de la "Pyramide". Ce sera notre première halte scientifique à Juvisy.

Le carrefour de la pyramide

Le petit obélisque qui trône un peu en retrait sur la place à côté de la pharmacie, semble aujourd'hui insignifiant pour le commun des automobilistes. L'aviez vous remarqué ?
C'est pourtant un monument commémoratif élevé en 1740 par l'académie des sciences.


Juvisy, la pyramide de Cassini en bordure de la nationale 7. Image réactive.
Remarquez la borne Michelin de l'autre côté de la route, sur le cliché noir et blanc.


Ces deux édifices, pyramide et réservoir,
sont les seuls repères survivants d'un quartier qui n'a plus rien à voir avec ce cliché pris au début du XXe siècle.
Image réactive.


La Base de Villejuif à Juvisy.

Un peu d'histoire :

En 1668, l'Académie des Sciences de Paris fut chargée par Jean-Baptiste Colbert, son fondateur, d'effectuer une nouvelle mesure du méridien de Paris et d'établir une carte de France plus exacte que celles qui existaient alors.
Ces travaux débutèrent en 1669, deux ans après la fondation de l'Observatoire de Paris.
Ils furent confiés à l'astronome, académicien et abbé, Jean Picard.

Les limites fixées à Picard pour ses mesures, étaient les communes de Malvoisine, au sud de Paris à 6 km de La Ferté-Alais, et Sourdon, à 20 km au sud d'Amiens.
Pour ses mesures, Picard va appliquer la technique de la triangulation .
Il utilise pour cela 13 triangles et deux bases, dont une pour la vérification.
La base principale, de 11 km, s'étend de Villejuif à Juvisy, axe à l'époque parfaitement rectiligne sur la route Royale vers Fontainebleau.
Elle est mesurée par arpentage, à l'aide de deux tiges de bois de 8 mètres.


Mesure par arpentage à l'aide de tige étalon.

En 1740, la science ayant évolué, Jacques Cassini entreprend de reprendre les mesures de triangulation de l'abbé Picard.
Les repères physiques laissés par son prédécesseur ne sont hélas plus exploitables et restent le plus souvent introuvables.
On reprend donc les calculs à zéro pour établir une nouvelle base géodésique à proximité de l'ancienne.
L'académie des Sciences fait élever en bordure de route deux pyramides sur l'axe rectiligne, (repères plus durables dans le temps que ceux de Picard).
L'une à Juvisy-sur-Orge et l'autre à Villejuif , ces deux points servant à vérifier la mesure du degré du méridien.

Il existe donc deux Pyramides.

Un premier repère :

La pyramide de Juvisy, 10 mètres de hauteur, située en ville en bordure immédiate de la route, bien connue des automobilistes et des vacanciers de la RN7.
Elle a toutefois été déplacée de quelques mètres en 1956 lors de l'élargissement de la RN7 et du rétrécissement nécessaire des trottoirs.

 

Juvisy vers 1900, le château d'eau n'est pas encore construit.

Par arrêté du 20 janvier 1942, la Pyramide, dite de Juvisy, située sur la route nationale 7, qui marque le terme sud de la base de départ de la méridienne de l'abbé Picard, a été classée parmi les monuments historiques. (extrait du bulletin de la commission des antiquités et de l'art du département de Seine et Oise)

Le second repère est : La pyramide ou mire de Villejuif. Elle ne mesure que 6,5 m de hauteur. Moins connue du public car elle est presque invisible de la voie publique.

Sources et liens intéressants sur le sujet :
http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/patrimoine/index.htm
http://fr.topic-topos.com/pyramide-juvisy-sur-orge


La Mire de Villejuif. (photo wikipédia)

Voilà donc qu'il existerait une seconde pyramide en bordure de nationale 7 ? Et vous n'avez rien vu en passant ?
Elle se situe pourtant à Villejuif, sur l'ancien tracé de la route Royale menant à Fontainebleau.
La pyramide est toujours exposée en bordure de route, sur un escarpement de "la montagne de Villejuif".
Les travaux de terrassements entrepris pour décaisser la rue de Paris, ont permis de réduire la pente de plusieurs mètres et ainsi abaisser la route. La mire, elle, est restée au niveau de l'ancienne route.
Aujourd'hui, il faudra donc lever la tête pour apercevoir la pyramide de Villejuif, second repère géodésique qui permit de mesurer le célèbre méridien de Paris.


Retour au 157 rue de Paris à Villejuif. Vous la voyez maintenant ? Image réactive.

http://fr.topic-topos.com/mire-de-cassini-villejuif

Retour à Juvisy, au carrefour de la pyramide.


Carrefour de la pyramide, entrée de Juvisy. Image réactive.

Jusqu'en 2014, à quelques mètres de là, on pouvait observer une plaque Michelin scellée sur le mur d'une maison vouée à la destruction.
Aujourd'hui, confirmant mes craintes, destruction et reconstruction ont eu lieu, et la plaque a disparu à jamais.


Jusqu'en 2014, on pouvait encore voir une plaque type Michelin, et une publicité murale pour les huiles Labo.
Aujourd'hui, le quartier est transformé et tout a disparu.

Avant de quitter le quartier, jetons un regard plus contemporain sur le bar de L'Eden, qui jouxte la pharmacie.
Jusqu'en 2016, l'établissement était accolé à un bâtiment à l'architecture très théâtral, abritant en ses murs un bazar ou une solderie.
Il s'agissait de l'ancien cinéma L'Eden ouvert en 1929 et qui à l'époque se vantait d'être un "établissement cinématographique moderne".
http://sallesdecinemas.blogspot.fr/search/label/Juvisy-sur-Org


L'Eden cinéma / et le Bazarama avenue de la cour de France. Image réactive

 


1960, effet de nuit au carrefour de la pyramide, photo Maurice Pialat.

L'Eden bar et cinéma.

 

L'Amour existe. 1960.

Dans l'un de ces tout premiers documentaires paru en 1960 « l'amour existe », Le jeune réalisateur Maurice Pialat, (45 ans à l'époque), dresse un portrait plutôt pessimiste et misérable de la banlieue parisienne et de ces habitants en cette fin des années 1950.
Considéré comme un poème mélancolique, cet essai cinématographique aux propos politiques parfois engagés, illustre à merveille les paroles de "Paris – Méditerranée" que chantait Piaf en 1938 :
« La banlieue triste qui s'ennuie, défilait morne sous la pluie ».

Pavillons, HLM, bidonvilles, embouteillages, et cette image furtive « volée » au documentaire. Une banlieue de nuit en 1960.
Nous en reconnaissons tous l'endroit, sur la N7 bien sûr, et ici bien loin de l'image de la route des vacances.

 

Le cinéma Eden de Juvisy, situé en bordure de nationale 7, près du carrefour de la pyramide, avait ouvert ses portes en 1929.


Le clap de fin cinématographique aura lieu en 1976, mais la structure du bâtiment est conservée pour accueillir un bazar du nom de Bazarama.
Hormis l'architecture, le magasin conservait également quelques éléments de l'antique cinéma, comme la moquette bleue et quelques vieilles affiches.


De vaines tentatives furent lancées pour classer l'édifice.. mais finalement en cette année 2016, promoteurs et pelleteuses ont eu le dernier mot, et le rideau est définitivement tombé sur ce cinéma de quartier.



La destruction du cinéma Eden - Bazarama en 2016

En route -

Nous roulons à présent sur l'avenue de "La Cour de France", car Juvisy est avant tout un ancien gîte royal, une étape pour la Cour du Roi sur le trajet vers Fontainebleau.

Traversons la ville.. au loin se profile sur la gauche la tour crénelée et le dôme d'un bâtiment pour le moins étonnant.
Il s'agit du fameux Gîte Royal devenu au fil du temps relais de poste.

Arrêtons nous un instant et marquons ici notre seconde halte scientifique à Juvisy.


L'observatoire de Juvisy , propriété de Camille Flammarion, ancien relais des postes, ancien Gîte Royal, en bordure de la nationale 7

Un peu d'histoire :

Dès le XIIe siècle, il existait à Juvisy, dans le haut chemin de Lyon, à l’emplacement actuel de l’Observatoire Camille Flammarion, un vaste domaine comprenant des bois, des vignes, des terres et un colombier.
Cette demeure baptisée le Gîte Royal de Fromenteau, recevait les rois et les princes, bien avant l'existence du Château de Fontainebleau.

En route vers Fontainebleau, Les rois Charles IX, Henry IV, Louis XIII et Louis XIV s'y arrêtaient régulièrement.

En 1730 le Gîte Royal disparaît pour devenir un relais de poste.

C'est dans ce relais de poste que le 30 mars 1814, Napoléon apprend la capitulation de Paris qui annonce la chute de l'Empire.
Napoléon quitte le relais et abdique le 12 avril 1814. Un événement qui marquera l’Histoire sous le nom des "Adieux de Fontainebleau".
Une statuette, offerte par l’empereur se trouve toujours à l’Observatoire Camille Flammarion.

En 1843, l’ouverture de la gare de Juvisy entraîna la fermeture du relais de poste.
Peu de temps après, un bordelais, Louis-Eugène Meret, amateur d’horticulture, racheta la propriété pour la convertir en maison d’agrément.
Mais les Prussiens occupèrent les lieux et défigurèrent le parc pendant la guerre de 1870.
Refusant d’y revenir, Meret, féru d’astronomie et de sciences physiques, en fit don en 1882 à l’auteur de "L’Astronomie populaire", Camille Flammarion.

Sources :
http://juvisy.fr/votre-ville/histoire-de-juvisy

http://www.maison-hantee.com/files/flammarion/fantome_astronome090206a.htm

En 1882, le scientifique Camille Flammarion reçoit la propriété en legs et en devient propriétaire, il transforme alors le lieu en observatoire astronomique.

Camille Flammarion astronome, œuvre pour la vulgarisation des sciences positives. Rédacteur scientifique et conférencier il fonde en 1883 l'observatoire de Juvisy-sur-Orge et en 1887, la Société astronomique de France, dont il est le premier président.

Flammarion est un touche à tout. Il popularise l'astronomie, travail sur l'atmosphère terrestre et le climat.
Il édite de nombreux ouvrages scientifiques, philosophiques, mais aussi des romans et des récits de voyages.
Il s'intéresse également aux sciences occultes et paranormales au travers du spiritisme et de la parapsychologie.

Camille Flammarion décède en 1925. Sa tombe se situe au fond du parc de l'observatoire.

L'observatoire est fréquenté pendant plus d'un demi-siècle et les observations qui y sont réalisées font de la ville de Juvisy un haut lieu de la recherche scientifique jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
A la mort de sa veuve, en 1962, l'observatoire est légué à la société astronomique de France qui le loue pour 99 ans à la ville de Juvisy.
En 1980, le monument est classé, et en 1996 inscrit à l'inventaire des monuments historiques.

Aujourd'hui l'observatoire est en état de délabrement avancé. L'illustre résidence est en danger. Des associations militent pour lui venir en aide.

Sources / pour en savoir plus :

Un super et superbe site pour en savoir beaucoup plus sur l'observatoire de Juvisy à ne pas rater :
http://www.culture.gouv.fr/culture/flammarion/accueil/index1.htm
Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Observatoire_de_Juvisy-sur-Orge
La tombe de Camille Flammarion : http://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article1720
Le site de l'association des amis de Camille Flammarion qui œuvre pour la sauvegarde de l'observatoire.
http://www.astrosurf.com/amis2camille/

Les Secrets de l'Observatoire :

Camille Flammarion s'intéresse également à la parapsychologie et au spiritisme.

Il participe à de nombreuses séances spirites et recueille de nombreux témoignages sur les maisons hantées et les fantômes.

Avec méthode et rigueur il enquête, répertorie et classe les phénomènes inconnus.
Il reste convaincu, qu'au delà de toute religion, l'esprit survit après la mort.

Voulez vous faire une visite passionnante et angoissante de l'observatoire avec un célèbre chasseur de fantômes ?
Laissez vous tenter avant de reprendre la route.

http://www.maison-hantee.com/files/flammarion/maison_assassinee090206b.htm

En route –

Reprenons maintenant la route après cette halte pour le moins instructive.
Vous l'aurez remarqué, je n'aime pas passer à un endroit sans en connaître son histoire.
On pourra par la suite approfondir ses recherches si le sujet nous interpelle, mais en connaître un minimum évite de rouler "idiot".
C'est cela aussi la nationale 7.

Après la passerelle piétonnière qui surplombe l'avenue de la Cour de France et qui s'engouffre dans le parc de la Mairie, dont on aperçoit l'entrée sur la gauche, on amorce une descente en courbe.
Bien que sur 2 x 2 voies, plus elle descend, plus la route devient étroite.


Avenue de la Cour de France, 1963 et Aujourd'hui. Image réactive.

Nous arrivons maintenant sur le pont "Des Belles Fontaines", l'objet de notre troisième étape à Juvisy.
Avouons le, le nom de ce pont a tout de charmant, mais le coin en lui même a perdu de sa superbe.
A peine le remarque-t-on aujourd'hui. L'aviez vous remarqué ?
Sur quatre voies depuis 1970, il a hélas perdu fontaines, trottoirs et pavés.


Le pont des Belles Fontaines après élargissement de la voie et le retrait des fontaines. Image réactive.

Un peu d'histoire :

Au XVIIIe siècle, Louis XV décide de faire détourner la route Royale qui traverse à l'époque le centre ville de Juvisy.
La chaussée y est si pentue et si étroite "rue de la Vieille-Montagne", que cavaliers et carrosses peinent à y grimper.
Sabots et roues cerclées de fer dérapent sur la chaussée rendant la traversée du bourg souvent périlleuse pour les voyageurs.

Afin de réaliser le tracé de la nouvelle route, il faut remblayer le coteau et construire un pont pour franchir l'Orge.
Un travail de titan confié à l'administration des Ponts et Chaussées .
L'ouvrage, bâti entre 1725 et 1728, est hors du commun : en plus de l'arche supérieure, sept petites arches assurent la solidité de l'ensemble, sur un secteur très pentu.

Baptisé Le pont du Roy, il est vite surnommé Pont des Belles Fontaines en raison des deux fontaines monumentales placées de chaque côtés de la route et par lesquelles s'écoulent des sources découvertes au moment de la construction.

Les fontaines permettent ainsi de faire boire chevaux et cavaliers.
Le pont est constitué de plusieurs arches, dont une seule enjambe l'Orge.
Les autres arches enjambent soit un terrain vague, soit aujourd'hui la ligne du RER C.

Le 30 mars 1814, Napoléon espère encore éviter la débâcle à Paris lorsqu’il fait halte pour la nuit au relais de Juvisy,
après un arrêt au pont des Belles Fontaines.


L'eau minérale naturelle de Juvisy

Les Eaux de Juvisy :

Les eaux et sources de la Cour de France jouissent d’une légitimité sans faille depuis des temps immémoriaux. Leur limpidité et leur saveur leur ont conférées le nom « d’Orgeat de Juvisy ».
En 1908 une étude est menée afin de faire de Juvisy une station hydro-minérale, suite aux demandes répétées de la population et des municipalités successives. L’objectif étant de faire reconnaître par l’administration compétente, la valeur et la qualité des eaux de sources de Juvisy.
Camille Flammarion et son adjoint Monsieur Loisel procèdent à une étude des conditions climatériques du milieu.
Il s'avère que les Belles Fontaines, sources et terroir, constituent une station parfaitement climatérique et hydrominérale. Trois millions de bouteilles se vendait alors à Paris et dans sa banlieue.
On projette alors l'idée d'un pavillon thermal pour la dégustation de l'eau des Belles Fontaines.
Le projet ne verra jamais le jour, et aujourd'hui les eaux de Juvisy sont impropres à la consommation, polluées dit-on par la proximité de la gare et de l'aéroport d'Orly.

Source.. :-)) : http://juvisy.fr


Détail d'une fontaine déplacée dans le parc de la mairie.

En 1970, la Nationale 7 est élargie : les deux fontaines sont déplacées et réinstallées dans le parc de la mairie de Juvisy.
Des milliers d'automobilistes empruntent chaque jour ce pont, sans soupçonner une seconde que ce trésor architectural est classé monument historique depuis près d'un siècle.

Sources et extraits :

L'article du Parisien du 21/01/2012 : "Sous la nationale 7, un joyau"
Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pont_des_Belles_Fontaines
Une fontaine vue de près : http://bibliotheque-numerique.inha.fr/collection/item/3790-juvisy-fontaine?offset=1

On l'a dit, la route Royale fût détournée pour éviter la trop forte déclivité et la dangerosité de la rue de la Vieille-Montagne.
Cette rue existe toujours, sous un autre nom, c'est aujourd'hui la rue Camille Flammarion.
Si le cœur vous en dit, vous pouvez toujours aller y faire un tour et vous rendre compte de la côte.
Elle débute un peu avant l'observatoire Flammarion, au niveau du concessionnaire automobile sur la gauche

Avant de quitter définitivement le pont, voici le fameux départ en vacances route nationale 7 de l'année 1958.
On y aperçoit le pont, au temps des Belles Fontaines. cliquez sur l'image

En route –

Quelques mètres seulement séparent le pont des "belles fontaines" du pont qui enjambe le réseau de voies ferrées.
Pour le passage des voies, il a fallu à l'époque percer le talus quelques 75 mètres avant le pont sur l'Orge.
Juvisy est l'un des principaux carrefours du dispositif de transport de la région parisienne.
Le "nœud ferroviaire" de la banlieue.

Dès la fin du XIXe siècle, la gare de Juvisy est surnommée : la plus grande gare du monde.
Aujourd'hui encore, même si l'activité de triage n'existe plus, la gare reste très active avec près de 70 000 voyageurs par jours.

Pour en savoir plus : http://www.savoirs.essonne.fr rubrique : les technologies

Passé la passerelle ferroviaire, nous arrivons à Viry-Chatillon.


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